dimanche 11 novembre 2018

La dictée de Gouesnou (Téléthon)


La 9e DICTÉE de GOUESNOU


Le centre Henri-Queffélec, samedi 17 novembre  

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Une singulière procession

Les portes de l’église s’ouvrent, laissant s’échapper, dans la fraîcheur de l’aurore, le flot des quelque trois cents fidèles qui, bientôt, se mettront en route derrière la châsse nacarat portée par deux gaillards guillerets. Mais qui sont-ils, ces lève-tôt, ces matineux inattendus ? Où vont-ils ainsi dès potron-minet ? (Pause pour lycéens) Après un petit-déjeuner express agrémenté de menues oublies et d’un café bien chaud – pas de gloria trop matin ! -, le départ a été donné.  
(Reprise pour tous) Une voix de fausset entonne le cantique bien connu en l’honneur de ce saint Gouesnou  qui, voici quatorze siècles, traça de façon insolite les limites de son ermitage. La légende voudrait qu’il traînât une fourche et que, derrière lui, sur son passage, ô miracle,  s’élevât un fossé !
C’est pour cette procession appelée « troménie » que, ce matin de jeudi de l’Ascension, se sont donné rendez-vous ces braves randonneurs armés de bourdons ou de  simples gourdes d’eau plate. 
 (Pause pour les lycéens et les amateurs) Le jour se lève à peine et, par sentes et cavées, dans l’aiguail [ɛgaj] des hautes herbes, frôlant les scolopendres inclinées, longeant les noues où s’affolent quelques taures, la colonne des marcheurs s’étire.
Au loin, un coucou coucoule. Un levraut, délogé de son gîte par ce remue-ménage inhabituel, se glisse sous les genêts en fleur(s). Sur les branches d’un châtaignier, deux merles manifestent leur surprise de leurs trilles aigus. Une mésange zinzinule. Tout invite au silence, à la contemplation… (Fin pour les lycéens)
Voilà que justement l’hymne trois fois répété(e) rappelle que l’heure est à la méditation. L’officiant proclame une oraison à laquelle répondent en écho quelques alléluias. Et le long cortège s’ébranle une fois encore.
Pour confirmés et champions. D’autres stations inviteront à la réflexion voire à la prière : calvaires, chapelles, parfois en ruine, fontaines… Mais, aujourd’hui, mieux vaut éviter de boire l’eau céans car plus d’une source, même sacrée, se révèle polluée ! Aussi, trois boit-sans-soif, jouant les m’as-tu-vu, se sont-ils filé rancard dans une ferme voisine où ils se sont vu servir une eau plus « ferrugineuse » à savoir un saint-émilion, à moins que ce ne fût, en ce jour béni, un saint-pourçain !…
Reprise pour les amateurs. Mais voici qu’arrive le terme de cette singulière procession. Le retour à l’église du village doit être triomphal. Les bannières, de brocart d’or, sont fièrement portées, au long des derniers hectomètres et le carillon des jours de grande(s) fête(s) ameute la foule des curieux. Rite immuable : chaque pèlerin passe sous le  saint reliquaire. Il espère peut-être un ultime bienfait divin mais surtout s’assure de devenir enfin,  si l’on en croit les on-dit, citoyen à part entière de ladite cité. 
Texte écrit par Henri Le Guen. La relecture est de Philippe Dessouliers, du club d’orthographe Belf’Ortho (Belfort).
Variantes acceptées : fraicheur, trois-cents, petit déjeuner, trainât, gite, levreau, rencard ou rancart.
N.B. Le verbe « coucouler » ne figure ni dans le PL, ni dans le PR ; il est défini par Littré.
Ouvrages de référence : Le Petit Larousse illustré et Le Petit Robert, éditions 2019, le Dictionnaire des difficultés de la langue française par A. V. Thomas, et La majuscule, c’est capital ! de Jean-Pierre Colignon. 


Quelque trois cents fidèles

Quelque = environ. C’est un adverbe, invariable.

La châsse

L’accent circonflexe est bien sûr indispensable pour différencier la chasse (action de chasser, de poursuivre les animaux) et la châsse (reliquaire).

nacarat

Adjectif invariable. Couleur d'un rouge clair dont les reflets rappellent ceux de la nacre

deux gaillards guillerets

Qui manifeste une gaieté vive, pétulante. folâtre, frétillant, fringant; gai*, vif

Un matineux

Vx Qui a l'habitude de se lever tôt le matin. matinal

potron-minet

Littéraire. Le point du jour, l'aube. La locution d’origine était dès le poitron-jacquet. Elle était composée de l’ancien français poitron, du latin vulgaire posterio (« arrière-train », « cul »), accompagné de jacquet, nom de l'écureuil. Elle signifiait donc littéralement « dès que l’on voit poindre le derrière de l'écureuil ».

Une oublie

Petite gaufre en forme de cylindre ou de cornet

Un gloria

Fam. et vx Café sucré mélangé d'eau-de-vie

Une voix de fausset

Non, il ne s’agit pas d’une personne qui chante faux mais du registre vocal situé dans l'aigu.   Voix suraiguë, spécialement chez un homme. Chanteur qui utilise cette voix haute-contre

saint Gouesnou

Lorsque l’on désigne le personnage : minuscule à « saint » et pas de trait d’union. Mais on écrira « la rue  Saint-Gouesnou »

traînât et s’élevât

Deux verbes à l’imparfait du subjonctif après le verbe « vouloir ». Action présentée comme incertaine.

troménie

Ce mot ne figure pas dans nos dictionnaires de référence. D’origine bretonne, il signifie « tour du monastère » (tro minihy)

Ce jeudi de l’Ascension

Les noms de fêtes religieuses prennent une majuscule : Noël – Pâques – Toussaint - Assomption

… se sont donné rendez-vous

Participe passé d’un verbe accidentellement pronominal. Le COD est placé après le verbe.

Le bourdon

Long bâton de pèlerin

Une cavée

Région. Nord-Ouest.  Chemin creux.

L’aiguail  [ɛgaj]

Mot poitevin. Rosée.

La scolopendre

Fougère aux longues feuilles rubanées sous lesquelles sont alignés les sporanges le long des nervures. Syn. langue-de-cerf. Ce même mot désigne aussi un mille-pattes venimeux…

Les noues

Terre grasse et humide ( marécage) cultivée en pâturage, en prairie

Un coucou coucoule

Ce verbe « coucouler » est absent des dictionnaires de référence mais existe bien dans le Littré. Il a été retenu pour ses sonorités et l’allitération qu’il crée.

Leurs trilles aigus

Battement rapide et ininterrompu sur deux notes voisines, exécuté par la voix ou par un instrument. Attention au genre ! Ce nom est masculin.

zinzinuler

Cri de la mésange. Un autre mot charmant, tout en musique !

L’hymne

Chant à la louange de Dieu. Chanter un, une hymne. Le PR accepte le masculin.

Chapelles en ruine

Expression figée au singulier.

boire l’eau céans

Vx Ici dedans. ici. Non, ce n’était pas la mer à boire !

Un boit-sans-soif

Nom invariable. Fam. Qui est toujours prêt à boire.  Des boit-sans-soif.

Ils se sont filé rancard

Participe passé d’un verbe accidentellement pronominal. Le COD est placé après le verbe.

Ils se sont vu servir

Participe passé suivi d’un infinitif. Le COD (se) ne fait pas l’action exprimée par l’infinitif.

à moins que ce ne fût

Imparfait du subjonctif. Accent circonflexe obligatoire à la 3e personne du singulier.

Un saint-émilion

Bordeaux rouge corsé, produit sur les coteaux de Saint-Émilion. Des saint-émilions (PR). Des saint-émilion (PLI). On ne met pas de majuscules aux noms de vins, de fromages …

Le saint-pourçain

Le saint-pourçain est un vin d'appellation d'origine contrôlée produit autour de Saint-Pourçain-sur-Sioule, dans le département de l'Allier.

Le brocart

Riche tissu de soie rehaussé de dessins brochés en fils d'or et d'argent. Ne pas confondre avec le brocard (Vx Petit trait moqueur, raillerie ( brocarder).

 
Sources : Le Petit Robert, le Petit Larousse, le dictionnaire des difficultés de la langue française (Larousse) et La majuscule, c’est capital, de Jean-Pierre Colignon (Albin Michel) …
Championnat du Finistère d’orthographe : samedi 23 mars 2019 (MTL – Bourg-Blanc)