Trente ans déjà !
L’association des Fêlés de l’orthographe a été officiellement déclarée le 12 janvier 1996. Ses premiers membres se réunissaient pour préparer les Dicos d’or, animés par Bernard Pivot. La finale nationale a été télévisée de 1985 à 2005.
Fadas, cinglés ou zinzins1 ? Non, tout bonnement fêlés, de l’orthographe évidemment. Ils sont, les vendredi de chaque semaine2, quelque3 cent adeptes à composer et à débattre pour un pluriel douteux, un genre indécis, voire un accord rare et étonnant dont l’école n’enseigne point la règle, mais toujours avec le sourire et la bienveillance.
La première dictée connue fut donnée treize siècles avant notre ère et gravée, non sur du papier vergé4, mais sur des tables de pierre, l’élève Moïse5 gravissant le mont Sinaï6 pour écrire de son calame7 les dix commandements8 dictés par Yahvé*9 dans le boucan des éclairs et la féerie du buisson ardent10. Nul besoin de recherches* savantes à l’époque !
Les premiers dicos naquirent bien plus tard : Littré11, vénérable lexicographe12 aux favoris broussailleux pondit son titanesque ouvrage qu’on eût pu13 confondre avec un bottin*14 mondain de l’Académie15. Larousse16, moustachu et républicain, voulut que les mots s’émancipent et que les écoliers écarquillent les mirettes17. Ah, ces mots désuets tels faquin18, pedzouille19 ou matamore20… que l’on pensait enfouis à jamais dans la nécropole du français ancien ! Quant à Robert21, plus hype22, il sut parler le verlan23 des banlieues.
Les dictées que nous affectionnons tous céans24 n’existeraient pas sans ces garde-fous25. On les consulte, on les interroge à la moindre panne des sens. Ces thésaurus*26 trônent en majesté sur nos bureaux en calambour27. Référence et révérence sont les deux mamelles du dico ou, comme qui dirait, ses roberts28…
Si la mémorable dictée de Mérimée reste, en la matière, le texte quintessencié29, symbole des traquenards, d’arcanes30 recherchés et de subtilités de la langue de Molière, notre moderne gourou demeure l’inénarrable Pivot31, qui, en magicien des mots, transforma la fastidieuse dictée scolaire en une manifestation conviviale qui fit ahaner32 — de plein gré ! — nombre d’écoliers et de téléspectateurs.
Pour confirmés et
champions. La palette des mots
est quasi infinie. Le poète les a ciselés en ballades33 et rondeaux34,
haïkus35 et pantoums36, voire calembours37 et virelangues38 incongrus.
Pour le trentième anniversaire des Fêlés de l’orthographe de Bourg - Blanc,
club où l’on conjugue la passion à tous les temps et l’accord du participe
passé à tous les désespoirs, excuserez-vous cette prose élaborée de bric et de broc par un adhérent délirant, avec sa
kyrielle de termes abscons39,
trop souvent mots à hics*40 ?
*Variantes : Iahvé, féérie, recherche savante, Bottin mondain, thesaurus, mots à hic.
Texte rédigé par Gildas Roué, relu par Henri Le Guen, tous deux membres des Fêlés de l’orthographe.